Depuis plusieurs années, le concept de dialogue national inclusif revient régulièrement dans le débat politique en République démocratique du Congo. Présenté comme une solution aux crises politiques et sécuritaires, ce dialogue est pourtant rejeté par une grande partie de la population congolaise. Ce rejet n’est pas un hasard, mais le résultat d’un profond malaise entre les citoyens et la classe politique.
La principale raison de cette opposition réside dans la perte de confiance envers les politiciens. Aux yeux de nombreux Congolais, les acteurs politiques privilégient leurs intérêts personnels au détriment de l’intérêt général. Les dialogues précédents ont souvent abouti à des accords profitant essentiellement à une élite politique, sans amélioration tangible des conditions de vie de la population.
Malgré la multiplication des accords politiques, la majorité des Congolais demeure pauvre. Le chômage, la vie chère, l’insécurité et le manque de services sociaux de base persistent. Pour beaucoup, les dialogues ne sont devenus qu’un moyen pour certains leaders politiques d’accéder ou de conserver le pouvoir, de se partager des postes et des avantages, pendant que le peuple continue de souffrir.
Un autre facteur du rejet du dialogue inclusif est le sentiment qu’il ne représente pas réellement toutes les couches de la société. Dans la pratique, ces concertations se limitent souvent aux partis politiques et à quelques organisations triées sur le volet. Les jeunes, les femmes, les paysans, les travailleurs, les déplacés de guerre et les plus démunis sont rarement impliqués de manière effective dans les décisions. Or, ce sont eux qui subissent directement les conséquences des crises.
Pour de nombreux citoyens, le dialogue est devenu synonyme de stratégie politique plutôt que de solution durable. Il est perçu comme un mécanisme de prolongation des mandats, de recyclage des anciens dirigeants et de légitimation de pratiques qui n’ont jamais apporté de progrès social significatif.
Cependant, rejeter le dialogue ne signifie pas rejeter la paix ou la concertation. La population aspire à un dialogue véritablement inclusif, fondé sur la transparence, la responsabilité et la justice sociale. Un dialogue qui ne se limite pas à des compromis entre politiciens, mais qui intègre réellement les préoccupations du peuple : sécurité, emploi, accès à l’éducation, santé, et lutte contre la corruption.
En définitive, si la majorité des Congolais s’oppose aujourd’hui au dialogue national inclusif, c’est parce qu’elle ne veut plus de dialogues de façade. Elle réclame des actions concrètes et des réformes profondes. Tant que les dialogues ne produiront que des accords politiques sans impact réel sur la vie quotidienne, ils continueront d’être perçus comme inutiles, voire comme un instrument d’enrichissement d’une minorité au détriment de la nation. LE TONNERRE